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Le Devoir
Restos, vendredi 26 mars 2010, p. B7
Le chef Loiseau, discret et talentueux
Philippe Mollé
Avec un chef comme Loiseau, le Bistro Cocagne, situé dans l'ancien restaurant de Normand
Laprise rue Saint-Denis, est en réalité beaucoup plus un restaurant qu'un bistro à proprement parler.
Le décor de
l'établissement n'a guère changé depuis l'ouverture -- une salle tout en
longueur avec un salon adjacent qui permet de
recevoir de petits groupes -- mais il est simple et discret, à l'image des
propriétaires, et répond à toutes les attentes des épicuriens.
Alexandre Loiseau est un chef qui
place sa vie personnelle et professionnelle avant le vedettariat, contrairement
à bien des chefs actuels, et cela paraît, car il reste en cuisine, pour la
cuisine.
Depuis plusieurs
années, ce chef talentueux rend hommage aux
artisans du Québec; durant la saison printanière, c'est aux producteurs de
sirop d'érable. Pour la cause, il concocte un menu consacré à ce noble produit,
et ce, sans tomber dans le piège du sucré à outrance, ce qui pourrait
décourager une majorité de clients.
On mise sur la
qualité de la table et des vins proposés, dont une grande partie sont d'importation
privée ou encore des choix pointus du sommelier, qui nous fait faire de belles
découvertes.
La table est
joliment dressée, sans artifices venant troubler la quiétude du repas. Pour
commencer, le chef propose un saumon légèrement
mariné avec un trait de sirop clair qui fait
ressortir le parfum du saumon sans empiéter sur son goût.
Loiseau ne fait aucune
concession sur la qualité des produits utilisés et il recherche toujours le
meilleur. Ce qui paraît inévitablement dans l'assiette, au bénéfice des
clients. Par ailleurs, le menu qu'il concocte tient compte d'un accord vin hors
du commun, bien équilibré, qui rend hommage aux deux seigneurs que sont
l'érable et la vigne.
Dans son menu,
le chef propose aussi une crème de navet à
l'érable et une terrine de foie gras mariné au sirop d'érable, laquelle demeure
un incontournable chez Cocagne. Bien préparé,
sans nervures, le foie est parfait, servi avec
un pain brioché aux canneberges qui vient titiller le foie délicatement
parfumé.
L'ensemble est
servi avec un Arbois (en paradis) 2005 de Régine
et Jean Rijckaert. Un pur délice pour le palais et une harmonie parfaite avec le foie gras.
On peut être
surpris de voir, en troisième service, un foie gras poêlé avec boudin noir, dés de pomme au sirop d'érable, chutney
d'échalote, croûton, servi avec un Morgon de
Joseph Chamonard (2006).
Parfaitement
cuit, rosé mais pas du tout cru, le foie chaud se combinait merveilleusement avec le boudin revisité, les pommes caramélisées au
sirop d'érable et la touche légèrement acide du chutney. Cette fois encore, il
y avait un bel équilibre entre le plat et le vin servis.
Pas étonnant
que, quand arrive le moment pour un professionnel comme
Loiseau de travailler le gibier, sa référence au
Québec soit le cerf de Boileau. Lorsque celui-ci est préparé et cuisiné comme ici, c'est un hommage qu'on lui rend. Il est
servi avec des betteraves chiogga et une sauce
légère à l'échalote et à l'érable qui lui va comme
un gant. Cette fois, la viande, tendre et juteuse, était accompagnée d'un Côtes
du Rhône Village Coume Marie 2007, élégant et racé.
La force
d'Alexandre Loiseau est avant tout sa maîtrise
de la cuisine et sa façon de présenter les choses simplement, sans
extravagance. Pour le dessert, il propose sa version du pouding chômeur à l'érable,
servi pour deux en casserole avec une très fine
crème glacée à l'érable. Pas trop sucré, le dessert présente un bel équilibre
de saveurs et de textures. Il est servi avec ce
qui se fait probablement de mieux au Québec: un cidre de glace de La Face
cachée de la pomme, le Cryomalus d'Antolino Brongo 2007.
Voilà un chef qui mérite plus d'attention. Il ne faut pas
oublier que, à 60 $ pour un six services, 110 $ avec
les vins, on vit une expérience épicurienne unique. Loiseau
porte bien son nom et représente dans le métier de chef
ce qu'il y a de mieux au Québec.







